Phlébologie Annales Vasculaires    Société Française de Phlébologie
Contact Aide

Catalogue / article

2005, 58, 4, p.317-318

DOI Télécharger le document Télécharger le document

Et si on arrêtait de se mentir...

And if we stopped fooling ourselves

Auteurs/Authors : Benigni J.P.

Résumé :

Parmi les faiblesses de notre pays, nombre d'observateurs se plaisent à reconnaître l'existence d'une « pensée unique ». Une façon de penser simplificatrice, dominante, consensuelle et paralysante qui permet à tout un chacun de ne pas se fâcher avec son voisin. Cette façon de penser s'infiltre au plus profond de nos circuits neuronaux. Nous râlons et finissons par tout accepter pour justifier notre inaction.

Ainsi, la nouvelle nomenclature des actes médicaux montre à l'envi que, comme disait Ubu Roi, « la pompe à phynances » s'est grippée. Pendant ce temps, nous nous battons pour lutter contre le décervelage induit par l'application des codes alphanumériques… Eh bien, pour éviter que notre profession ne donne naissance à des « patamédecins » doublés de « patafonctionnaires », permettez-moi de pousser un cri comme Ubu, un cri unique, un cri libérateur, un cri primal : « MERDRE... ! »

Non, la Phlébologie n'est pas une pratique inavouable ! Elle a pour vocation de prendre en charge les souffrances de plus de 6 millions de patients. Elle s'intègre dans la pathologie cardiovasculaire. Elle fait ou devrait faire appel à des praticiens correctement formés. J'en prendrais pour exemple la dernière nomenclature de l'Assurance Maladie (septembre 2005) concernant la « séance de sclérose de veine du membre inférieur par injection intraveineuse transcutanée avec guidage échographique. Formation spécifique à cet acte en plus de la formation initiale ».

Cette petite phrase sibylline est intéressante à plus d'un titre. On nous parle de formation initiale et de formation spécifique.

La pensée dominante est de faire croire que la capacité d'angiologie offre une formation suffisante… Curieux méfait de la pensée unique (encore un) !...

Dans cette Europe qu'une majorité de Français désormais refuse, cette formation peut d'ailleurs être acquise au sein d'autres pratiques : dermatologie ou médecine interne en Allemagne et en Autriche, chirurgie vasculaire en Espagne, en Grande-Bretagne au sein de l'English Venous Forum, voire médecine omnipraticienne ou cardiologie ailleurs.

Aux États-Unis (le vilain mot est lâché), l'American College of Phlebology (ACP) est en train de mettre en place une structure pour faire reconnaître la Phlébologie comme spécialité. Oui, lecteur, il ne s'agit pas d'une coquille : une spécialité ! L'ACP reconnaît ainsi la nécessité d'une autonomie propre.

La France attendra sans doute que des universitaires phlébologues américains viennent faire des cours en France pour se poser la question de la reconnaissance officielle de cette pratique née il y a plus de 55 ans… en France !

Actuellement, où en est-on ?

Sous l'égide de la Société Française de Phlébologie, depuis 2 ans, un Diplôme Universitaire de Phlébologie (Paris VI) donne une formation initiale et une formation spécifique aux angiologues français et autres médecins étrangers. Autre signe de modernité : les cours sont disponibles sur la toile.

Les étudiants ainsi formés acquièrent la conscience de leur savoir… et de leurs limites. Il manque encore certainement des lieux hospitaliers de stages phlébologiques formateurs en province. Mais le changement est en marche…

Un autre DU de compression médicale va s'ouvrir en janvier 2006. Pierre angulaire du traitement phlébologique, ce DU sera un parfait complément du DU de Phlébologie.

Une sensibilisation à la Phlébologie des chirurgiens vasculaires va également être organisée durant l'année 2006.

Mon propos est de montrer qu'en France les choses peuvent bouger.

En pratique, à la Société Française de Phlébologie, nous répondrons toujours présents quand une Société savante amie, angiologique ou non (médecine du travail, gynécologie, podologie…), une Université nous demanderont une aide, une coopération ou une formation spécifique.

Ah ! un détail pour terminer. Comment se fait-il que l'acte qui demande une formation initiale puis spécifique ne soit remboursé que 18,79 euros ? Devronsnous mettre une sébile au sortir de nos salles de consultation avec une petite étiquette « Merci pour le service » afin de payer nos charges ?

Cela montre surtout le chemin qu'il nous reste à parcourir pour obtenir une reconnaissance, la reconnaissance d'une pathologie qui affecte plus de six millions de patients. C'est pour cela qu'il faut arrêter de se mentir…

Summary :

Parmi les faiblesses de notre pays, nombre d'observateurs se plaisent à reconnaître l'existence d'une « pensée unique ». Une façon de penser simplificatrice, dominante, consensuelle et paralysante qui permet à tout un chacun de ne pas se fâcher avec son voisin. Cette façon de penser s'infiltre au plus profond de nos circuits neuronaux. Nous râlons et finissons par tout accepter pour justifier notre inaction.

Ainsi, la nouvelle nomenclature des actes médicaux montre à l'envi que, comme disait Ubu Roi, « la pompe à phynances » s'est grippée. Pendant ce temps, nous nous battons pour lutter contre le décervelage induit par l'application des codes alphanumériques… Eh bien, pour éviter que notre profession ne donne naissance à des « patamédecins » doublés de « patafonctionnaires », permettez-moi de pousser un cri comme Ubu, un cri unique, un cri libérateur, un cri primal : « MERDRE... ! »

Non, la Phlébologie n'est pas une pratique inavouable ! Elle a pour vocation de prendre en charge les souffrances de plus de 6 millions de patients. Elle s'intègre dans la pathologie cardiovasculaire. Elle fait ou devrait faire appel à des praticiens correctement formés. J'en prendrais pour exemple la dernière nomenclature de l'Assurance Maladie (septembre 2005) concernant la « séance de sclérose de veine du membre inférieur par injection intraveineuse transcutanée avec guidage échographique. Formation spécifique à cet acte en plus de la formation initiale ».

Cette petite phrase sibylline est intéressante à plus d'un titre. On nous parle de formation initiale et de formation spécifique.

La pensée dominante est de faire croire que la capacité d'angiologie offre une formation suffisante… Curieux méfait de la pensée unique (encore un) !...

Dans cette Europe qu'une majorité de Français désormais refuse, cette formation peut d'ailleurs être acquise au sein d'autres pratiques : dermatologie ou médecine interne en Allemagne et en Autriche, chirurgie vasculaire en Espagne, en Grande-Bretagne au sein de l'English Venous Forum, voire médecine omnipraticienne ou cardiologie ailleurs.

Aux États-Unis (le vilain mot est lâché), l'American College of Phlebology (ACP) est en train de mettre en place une structure pour faire reconnaître la Phlébologie comme spécialité. Oui, lecteur, il ne s'agit pas d'une coquille : une spécialité ! L'ACP reconnaît ainsi la nécessité d'une autonomie propre.

La France attendra sans doute que des universitaires phlébologues américains viennent faire des cours en France pour se poser la question de la reconnaissance officielle de cette pratique née il y a plus de 55 ans… en France !

Actuellement, où en est-on ?

Sous l'égide de la Société Française de Phlébologie, depuis 2 ans, un Diplôme Universitaire de Phlébologie (Paris VI) donne une formation initiale et une formation spécifique aux angiologues français et autres médecins étrangers. Autre signe de modernité : les cours sont disponibles sur la toile.

Les étudiants ainsi formés acquièrent la conscience de leur savoir… et de leurs limites. Il manque encore certainement des lieux hospitaliers de stages phlébologiques formateurs en province. Mais le changement est en marche…

Un autre DU de compression médicale va s'ouvrir en janvier 2006. Pierre angulaire du traitement phlébologique, ce DU sera un parfait complément du DU de Phlébologie.

Une sensibilisation à la Phlébologie des chirurgiens vasculaires va également être organisée durant l'année 2006.

Mon propos est de montrer qu'en France les choses peuvent bouger.

En pratique, à la Société Française de Phlébologie, nous répondrons toujours présents quand une Société savante amie, angiologique ou non (médecine du travail, gynécologie, podologie…), une Université nous demanderont une aide, une coopération ou une formation spécifique.

Ah ! un détail pour terminer. Comment se fait-il que l'acte qui demande une formation initiale puis spécifique ne soit remboursé que 18,79 euros ? Devronsnous mettre une sébile au sortir de nos salles de consultation avec une petite étiquette « Merci pour le service » afin de payer nos charges ?

Cela montre surtout le chemin qu'il nous reste à parcourir pour obtenir une reconnaissance, la reconnaissance d'une pathologie qui affecte plus de six millions de patients. C'est pour cela qu'il faut arrêter de se mentir…

COPYRIGHT
Aucun article ou résumé de ce site ne peut être reproduit sous forme d'imprimé, photocopie, microfilm ou par tout aute procédé sans l'autorisation expresse des auteurs et de l'éditeur.
No article or abstract of this website may be reproduced in the form of print, photocopy, microfilm or any other means without the express permission of authors and the editor.
Éditions Phlébologiques françaises.